
Le Soudan du Sud s’enfonce dans la crise. Depuis le début du mois, des affrontements armés opposent les forces fidèles au président Salva Kiir et celles du vice-président Riek Machar. Lundi, l’ONU a tiré la sonnette d’alarme. « Le Soudan du Sud est au bord d’une nouvelle guerre civile », a prévenu Nicholas Haysom, son représentant spécial dans le pays.
Le pays est indépendant depuis 2011. Deux ans plus tard, il s’est déchiré dans une guerre civile qui a fait des dizaines de milliers de morts. En 2018, un accord a permis la formation d’un gouvernement d’unité nationale. Cet équilibre repose sur un partage du pouvoir entre les deux anciens ennemis, Salva Kiir et Riek Machar. Mais cette paix est précaire.
Depuis février, les tensions se multiplient. À Djouba, des responsables politiques proches de Machar ont été écartés. Certains ont été arrêtés, d’autres ont pris la fuite. L’opposition crie à la manœuvre politique. La méfiance s’installe. Dans le nord-est du pays, la situation militaire dégénère.
Le 4 mars, des miliciens Nuer de l’« Armée blanche » ont attaqué un camp militaire loyal à Kiir à Nasir, dans l’État du Haut-Nil. L’armée sud-soudanaise a riposté par des bombardements. Les ONG dénoncent l’usage de bombes barils, des engins remplis de liquide inflammable. « Ces attaques font de nombreuses victimes et causent des blessures horribles », a déploré Nicholas Haysom.
Les combats ont déjà déplacé 63 000 personnes. Le conflit s’intensifie. Les belligérants mobilisent des renforts. Des rapports évoquent l’enrôlement forcé d’enfants soldats. L’histoire semble se répéter.
L’ONU, l’Union africaine et l’IGAD tentent d’apaiser la crise. Début avril, une délégation de l’IGAD devait se rendre à Djouba. Le gouvernement sud-soudanais a annulé la visite, sans explication. Pour l’ONU, ce refus est un signal inquiétant.
Seydou Fané